À l’occasion de la commémoration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo ce 30 juin 2026, la rédaction de gouverne.info s’est entretenue avec Tshivuadi Mukwalukusa, Président du Forum pour la Gouvernance Démocratique Réelle (FGDR). Sans concession, cet acteur de la société civile dresse un état des lieux sévère de la marche du pays, décortique les failles de la gouvernance actuelle et propose des pistes de rupture pour refonder l’homme congolais.
▪️Gouverne.info : Que représente historiquement et symboliquement le 30 juin pour la République démocratique du Congo ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : Le 30 juin devrait être la plus grande de nos fêtes nationales. C’est le jour où nous nous sommes affranchis d’un statut de sous-humanité, pour ne pas dire d’esclavage, afin de recouvrer notre liberté. Aujourd’hui, cette date historique nous impose une introspection sérieuse. Elle nous invite à analyser froidement d’où nous venons, où nous en sommes et vers quelle direction nous orientons notre souveraineté.
▪️Gouverne.info : Quel bilan global dressez-vous de ces 66 années de souveraineté nationale et internationale ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : C’est le bilan d’un rêve brisé et d’un immense gâchis. À l’accession de notre pays à l’indépendance, nous disposions de tous les atouts matériels possibles ; pourtant, nous avons manqué tous les grands rendez-vous de l’histoire. Nous tournons en rond, pour nous retrouver honteusement au bas de tous les classements internationaux en matière de développement humain, de bonne gouvernance, d’État de droit, de respect de la Constitution ou d’organisation d’élections crédibles. Aujourd’hui, la RDC se trouve dans un état d’équilibre instable, sur le fil du rasoir quant à son existence même en tant que nation.
▪️Gouverne.info : Selon vous, quelles sont les principales réalisations du pays depuis 1960 ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : La prolifération des églisettes de sommeil, des débits de boissons, les chants mondains et religieux, les danses obscènes, la gratuité de l’enseignement primaire, mais au rabais, le chômage comme règle et l’emploi comme exception, l’enseignement au rabais avec des millions de diplômes ne garantissant pas la valeur réelle de leurs porteurs, des enfants de la rue en accroissement exponentiel, la sous-traitance de la sécurité aux Américains, l’insécurité partout, la sous-alimentation chronique, etc.
▪️Gouverne.info : Quels sont, selon vous, les défis majeurs auxquels le pays doit urgemment faire face ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : Les défis touchent tous les secteurs de la vie sociétale. Cependant, le défi primordial et matriciel reste l’homme congolais. Il faut impérativement le reconstruire, le remodeler et, pour ainsi dire, le reformater dans ses valeurs, son éthique et son rapport à la patrie.
▪️ Gouverne.info : Quel regard portez-vous sur la gouvernance actuelle de la République ?
▪️ M. Tshivuadi Mukwalukusa : C’est une gouvernance non vertueuse, malheureusement caractérisée par la prédation, le tribalisme, le népotisme, le clientélisme et le favoritisme.
▪️Gouverne.info : Quel rôle la jeunesse congolaise doit-elle assumer pour impulser le changement ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : La jeunesse incarne le Congo de demain. Elle a un rôle capital à jouer, mais à une condition essentielle : qu’elle soit façonnée dans le goût du travail, la compétence, la vérité, la responsabilité et la conscience citoyenne. Une jeunesse inconsciente ne pourra rien bâtir.
▪️Gouverne.info : Quels sont les secteurs stratégiques à prioriser pour amorcer un véritable développement ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : L’accent doit être mis prioritairement sur l’éducation de qualité, le développement de la science, de la technologie et du numérique, mais aussi sur la relance de l’agriculture et la modernisation des voies de communication.
▪️ Gouverne.info : Quel message adressez-vous au peuple congolais à l’occasion de cette commémoration ?
▪️M. Tshivuadi Mukwalukusa : Prendre conscience des privations, des souffrances et du sang versé pour l’indépendance, et accepter que nous sommes nous-mêmes à l’origine de tout ce qui arrive à notre pays. Si rien n’a marché jusqu’à ce jour, c’est parce que nous sommes pervers et que nos pensées sont quotidiennement négatives : jalousie, envie malsaine, intolérance, méchanceté, haine, domination, vengeance, destruction. Une purification du cœur et du mental s’impose et passe par la reconnaissance de nos vices et l’engagement sincère à nous en débarrasser.
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Propos recueillis par Junior Numbi







