Deux tribunes d’expression populaire animées par des journalistes des radios communautaires se sont tenues les 29 et 30 mai 2026 dans les universités de la capitale congolaise, notamment à l’Université Saint-Augustin de Kinshasa (USAKIN) et à l’Université Chrétienne Cardinal Malula (UCCM). Ces rencontres ont porté sur le thème : « Comment faire le suivi de la mobilisation des recettes du secteur minier industriel par l’État ? »
Organisées par Oisillon Groupe avec l’appui technique et financier de la GIZ, ces activités visaient à favoriser le partage d’expériences et de connaissances entre journalistes de terrain et étudiants sur le suivi des recettes issues du secteur minier. L’objectif est de promouvoir la transparence, la redevabilité et la bonne gouvernance dans la gestion des ressources minières en République démocratique du Congo.
Au-delà du partage d’expériences, les échanges avaient pour ambition de sensibiliser et d’outiller la jeune génération sur les notions essentielles liées à l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), la fiscalité minière ainsi que les mécanismes de redistribution des revenus miniers. Les organisateurs ont également souhaité susciter l’intérêt des étudiants pour les questions de gouvernance du secteur extractif, un domaine stratégique pour l’économie congolaise.
Le FOMIN et la part destinée aux communautés au cœur des échanges
Parmi les intervenants, Flore Kayala, coordonnatrice du Groupe Oisillon, a présenté le fonctionnement du Fonds Minier pour les Générations Futures (FOMIN). Elle a expliqué que ce mécanisme a été créé pour permettre à l’État congolais de constituer une épargne à partir des revenus miniers afin de garantir aux générations futures de bénéficier également des richesses non renouvelables du pays. Selon elle, le FOMIN représente un outil important de justice intergénérationnelle et de développement durable.
De son côté, Gloire Malesu, journaliste basée à Kolwezi, a abordé la question de la quotité de 14 % des revenus miniers destinée aux Entités Territoriales Décentralisées (ETD). Elle a expliqué que les communautés vivant à proximité des sites miniers subissent souvent les conséquences directes de l’exploitation, notamment les déplacements de populations, les impacts environnementaux et les pressions sur les infrastructures locales. Pourtant, a-t-elle souligné, les fonds destinés aux communautés sont parfois insuffisants ou n’atteignent pas toujours les bénéficiaires attendus.
Les défis du journalisme d’investigation dans le secteur minier
Pour enrichir les débats, Trésor Kasamba, journaliste d’investigation venu de Lubumbashi, a partagé son expérience de terrain dans la collecte et l’analyse des données liées aux recettes minières. Il a insisté sur la complexité du métier de journaliste lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des questions économiques et fiscales. « Le journalisme ne consiste pas seulement à relayer des informations. Il faut approfondir les sujets, mener des enquêtes et comprendre les mécanismes économiques. Parler de chiffres et de recettes publiques n’est pas une chose aisée. Il faut maîtriser ces notions pour assurer un suivi efficace de la mobilisation des recettes du secteur minier en RDC », a-t-il déclaré.
Selon lui, les journalistes ont un rôle essentiel à jouer dans le contrôle citoyen de l’action publique en analysant les données officielles, en confrontant les chiffres et en documentant les réalités vécues par les communautés locales.
Une forte participation des étudiants
Les échanges entre les professionnels des médias et les étudiants ont été marqués par une forte interaction durant les deux journées. Les participants ont pu mieux comprendre le circuit des recettes minières, les institutions chargées de leur perception ainsi que les mécanismes de répartition de la redevance minière.

Au total, près de 200 étudiants dans chacune des deux universités ont pris part aux activités. Les discussions ont permis de rapprocher les réalités du terrain des enseignements académiques et de renforcer l’intérêt des futurs journalistes pour les questions économiques et minières.
Le rôle des journalistes dans la transparence du secteur minier
La RDC demeure l’un des pays les plus riches au monde en ressources naturelles stratégiques. Cependant, les retombées de cette richesse sur les conditions de vie des populations continuent de susciter des interrogations.
Les rapports de l’ITIE publient régulièrement les montants déclarés par les entreprises extractives et ceux perçus par l’État. Malgré ces avancées en matière de transparence, des écarts persistent parfois entre les déclarations des entreprises et celles des institutions publiques, tant au niveau national que provincial.
Dans ce contexte, le suivi rigoureux des paiements, des transferts et de l’utilisation des revenus miniers par les journalistes à travers des enquêtes, des analyses et des reportages de terrain constitue un levier important pour renforcer la transparence et la redevabilité dans la gestion des ressources naturelles du pays.
Au regard des enjeux actuels liés à la transition stratégique, les organisateurs estiment qu’il est essentiel d’encourager la nouvelle génération à s’intéresser davantage aux questions minières afin de contribuer à une meilleure information du public et à un contrôle citoyen plus efficace de la gestion des richesses nationales.
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Trésor Kasamba



