Quotas du cobalt : la RDC face au dilemme entre souveraineté minière et confiance des investisseurs
La nouvelle stratégie congolaise de régulation du marché du cobalt commence à produire des effets contrastés. Si Kinshasa revendique une remontée spectaculaire des prix mondiaux grâce à la limitation des exportations, plusieurs compagnies minières dénoncent désormais un système jugé rigide, opaque et défavorable aux nouveaux investissements. La société minière MMG Limited figure parmi les premières entreprises à afficher publiquement son mécontentement.
Lors du congrès annuel de l’Institut du cobalt organisé à Madrid, Aaron Chen, responsable des opérations de MMG à Kinsevere, a estimé que le quota attribué à son entreprise rend actuellement l’exploitation du cobalt « économiquement non viable ». Une déclaration qui illustre les tensions croissantes entre les ambitions souverainistes de la République démocratique du Congo et les attentes des investisseurs étrangers.
Un système de quotas qui favorise les anciens producteurs
Pour réduire l’excédent mondial de cobalt et soutenir les cours internationaux, les autorités congolaises avaient suspendu les exportations en février 2025 avant d’instaurer, quelques mois plus tard, un système de quotas piloté par l’ARECOMS.
Le mécanisme repose essentiellement sur les volumes historiques exportés avant fin 2024. Une approche qui pénalise directement certains nouveaux projets industriels comme celui de MMG à Kinsevere.
L’entreprise avait investi dans une nouvelle usine de traitement de cobalt lancée en septembre 2023 avec des ambitions de production estimées entre 4 000 et 6 000 tonnes par an. Mais après l’effondrement des prix du cobalt fin 2024, les installations avaient été mises en maintenance. Résultat : Pour 2026, MMG n’a obtenu qu’un quota de 360 tonnes, largement insuffisant pour rentabiliser son outil industriel.
Cette situation alimente les critiques des spécialistes du secteur minier. Plusieurs experts estiment que le système actuel récompense davantage les sociétés ayant participé à la surproduction mondiale des dernières années, au détriment des entreprises qui investissent dans de nouvelles capacités industrielles ou dans la transformation locale.
Une hausse spectaculaire des prix mondiaux
Malgré ces critiques, la politique congolaise a provoqué un choc majeur sur le marché international du cobalt. Depuis les restrictions décidées par Kinshasa, les prix du cobalt ont progressé d’environ 160 % ; les prix de l’hydroxyde de cobalt ont été multipliés par plus de quatre.
Cette remontée des cours renforce le poids stratégique de la RDC, premier producteur mondial de cobalt, dans un contexte de forte demande liée à la transition énergétique et aux batteries électriques.
Mais sur le terrain, les bénéfices restent encore limités. Les opérateurs dénoncent des lenteurs administratives, un manque de visibilité sur les critères d’attribution et des difficultés logistiques qui freinent les exportations.
Pékin demande plus de visibilité
La situation préoccupe particulièrement les groupes chinois fortement présents dans les mines congolaises. La Chambre de commerce chinoise des métaux et minéraux a appelé les autorités congolaises à clarifier davantage les règles de fixation des quotas afin de rassurer les investisseurs ayant engagé plusieurs milliards de dollars dans le secteur minier congolais.
Pendant ce temps, l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), chargée du cobalt artisanal, bénéficie d’une position favorable. La société publique a obtenu un quota de 5.640 tonnes, soit le quatrième plus important du pays, malgré un démarrage relativement récent de ses activités.
Son directeur général, Eric Kalala, plaide même pour des volumes supplémentaires afin d’encadrer davantage la production artisanale.
Kinshasa assume sa stratégie
Face aux critiques, les autorités congolaises défendent une politique visant à reprendre le contrôle du marché du cobalt tout en favorisant la transformation locale et la création d’emplois.
Pour Patrick Luabeya, responsable de l’ARECOMS, les quotas ne cherchent pas uniquement à influencer les prix mondiaux. Ils doivent également permettre à la RDC de mieux structurer sa filière minière et d’augmenter la valeur ajoutée locale dans les provinces minières du Lualaba et du Haut-Katanga.
Derrière ce débat se dessine un enjeu plus large : La RDC peut-elle renforcer sa souveraineté sur ses minerais stratégiques sans fragiliser l’attractivité de son secteur minier ? Le cobalt devient ainsi bien plus qu’un simple minerai : Un instrument économique, industriel et géopolitique majeur pour l’avenir du pays.
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Trésor Kasamba
