Lubumbashi : Mort suspecte d’un sexagénaire en détention, la famille et la CNDH réclament justice
Arrêté le 07 avril dernier au rond-point Kilobelobe, Muyaya Mukendi Amos, un coiffeur de 62 ans, est décédé moins de 24 heures après son interpellation. Entre allégations de violences policières, témoignages contradictoires et procédure judiciaire contestée, l’ombre d’une bavure plane sur les services de sécurité de la capitale cuprifère.
Une arrestation aux circonstances troubles
Le mardi 07 avril 2026, alors qu’il rentrait de son travail, Muyaya Mukendi Amos est interpellé par la police. Père de 11 enfants, l’homme parvient à joindre son frère, Kabeya Mukendi Théo, depuis son lieu de détention à la Brigade criminelle de recherche et de surveillance (BCRS) au centre-ville.
Selon le témoignage de son frère, le défunt aurait utilisé le téléphone d’un magistrat nommé François pour signaler son arrestation, précisant au passage une réalité amère : « Il m’a confié que ceux qui avaient de l’argent sur place avaient déjà été libérés ». Ce premier contact avec un membre de sa famille depuis sa geôle sera le dernier sans le savoir.
De la disparition au choc de la morgue
Le lendemain, l’épouse du sexagénaire se rend au BCRS pour obtenir sa libération. On lui rétorque alors que son mari a été transféré à la prison de Kasapa. Pourtant, sur place, des bruits de couloir évoquent une toute autre destination : La morgue de l’hôpital Sendwe. Des témoins affirment qu’un détenu aurait succombé à des sévices durant la nuit.
La macabre découverte est confirmée peu après. À la morgue de Sendwe, la famille découvre un corps portant des stigmates de violences extrêmes, visage tuméfié, œil gravement endommagé et traces de coups sur l’ensemble du corps.
Une version officielle contestée
Une instruction judiciaire est ouverte, mais les premières conclusions du parquet peinent à convaincre la partie lésée. Une audience foraine a été organisée contre un autre détenu, un mineur, accusé d’avoir porté les coups mortels. Une version rejetée en bloc par Kabeya Théo frère du regretté Muyaya Mukendi Amos : « On nous dit qu’un mineur, détenu là depuis deux mois, l’aurait tabassé. Nous n’y croyons pas. Un mineur n’a pas sa place dans ce cachot du parquet ».
La CNDH monte au créneau
Saisie par la famille, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a exprimé sa vive préoccupation. Joseph Kongolo, coordonnateur provincial de l’institution, exige une enquête impartiale. La CNDH demande l’identification de tous les responsables, directs ou indirects. L’institution réclame une action judiciaire contre le magistrat instructeur si le caractère arbitraire de l’arrestation est établi. Face à l’ultimatum de 10 jours imposé par la mairie de Lubumbashi pour l’évacuation de la morgue de Sendwe, la CNDH sollicite le transfert du corps vers une autre morgue pour permettre une expertise médicale fiable.
L’affaire soulève la question de la responsabilité de l’État congolais. En vertu de l’article 258 du Code civil livre III, l’État est le garant de l’intégrité physique des personnes sous sa garde. Le ministère public est désormais tenu d’ordonner une autopsie pour lever le voile sur les causes réelles du décès, tandis que la famille, déjà constituée partie civile, attend réparation pour ce qui ressemble à une tragédie évitable.
Au-delà de la tragédie qui frappe une famille de onze enfants, l’affaire Muyaya Mukendi Amos résonne comme un test pour la justice congolaise. Alors que les cris d’alarme contre les conditions de détention et les arrestations arbitraires se multiplient dans le Haut-Katanga, l’issue de cette enquête déterminera si le slogan de l’État de droit peut s’appliquer jusque dans l’ombre des cachots de la BCRS. Pour l’heure, le silence des autorités policières face aux accusations de torture laisse un goût amer aux défenseurs des droits humains, qui attendent de voir si la vérité sortira enfin de la morgue de Sendwe.
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Daniel FARAY
